Gestion des catastrophes naturelles : Un plan d’action pour anticiper et gérer les calamités !

Les inondations figurent parmi les catastrophes naturelles les plus fréquentes en Algérie. Souvent, il suffit d’une forte averse automnale d’une dizaine de minutes pour provoquer des désastres dans certaines régions du pays.

Outre ces catastrophes naturelles, des séismes à des magnitudes plus ou moins élevées sur l’échelle Richter, plus dévastateurs, sont aussi enregistrés de temps à autre, atteignant parfois l’ampleur d’une catastrophe nationale. Des incendies ravagent des centaines d’hectares de broussailles, d’arbres ou de cultures agricoles chaque année. Des périodes de sécheresse, cycliques, affectent des zones agricoles, ruinant les agriculteurs et éleveurs de bétails.

Et les pertes en vies humaines et en dégâts matériels sont lourdes.  Ces événements sont souvent imprévisibles. Ils se manifestent d’une manière soudaine et puissante et sont limités dans  le temps et l’espace.

Les inondations de Bab El Oued, le 10 novembre 2001 ont «enfanté» la promulgation de la  Loi n° 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable. Qu’est ce qui a été fait depuis ces tragiques évènements ?

Peu de choses pour protéger les personnes et les biens contre ces phénomènes. Absence totale d’une véritable stratégie de prévention contre les risques majeurs !

D’autres phénomènes  naturels violents vont s’adjoindre à la liste des risques majeurs dans un très proche avenir. Il s’agit des inondations côtières, des ressources agricoles fragilisées et des maladies dues aux moustiques: les conséquences du réchauffement climatique seront importantes en Méditerranée, où les températures ont déjà augmenté plus qu’ailleurs.

C’est la funeste prédiction d’un consortium international de scientifiques de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine (IMBE) dans une étude publiée dans la revue Nature Climate Change.

Selon ces scientifiques, «dans le bassin méditerranéen, (Algérie 1200 km de côte) la température annuelle a déjà augmenté de 1.4°C depuis l’ère préindustrielle, soit 0.4°C de plus que la température globale».

Durant les deux dernières décennies, la niveau de la Méditerranée s’est élevée de 60 mm accompagnée d’une acidification significative. Avec la fonte des glaciers, la hausse du niveau de la mer va encore s’accélérer et «touchera une très large population localisée sur les côtes par des inondations côtières importantes», s’est alarmé l’IMBE qui réunit des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique française et de l’Université Aix-Marseille, dans le sud-est de la France, estimant que «même avec un réchauffement global futur limité de 2°C, comme demandé par l’Accord de Paris, les précipitations estivales risquent fort de diminuer de 10 à 30 % selon les régions, aggravant les pénuries d’eau et provoquant une décroissance forte de la productivité agricole, surtout dans les pays du Sud». L’Algérie est concernée par tous phénomènes dévastateurs et à en croire, Noureddine Bedoui, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, qui a présidé récemment à Alger l’ouverture d’une conférence nationale sur la gestion des catastrophes, «le renforcement des capacités de notre pays pour faire face aux catastrophes, que Dieu nous en préserve, est la priorité capitale de l’ensemble de nos plans d’action afin de doter notre pays de tous les moyens juridiques, procéduraux et en ressources financières et humaines susceptibles de le placer dans le rang des pays leaders en termes de gestion des catastrophes naturelles en assurant la protection de nos citoyens et de leurs biens ainsi que nos infrastructures économiques et sociales».

 

Une stratégie pour l’horizon 2030

Pour cela, le ministre donne six mois aux différents acteurs afin de réadapter les textes devant permettre d’élaborer une stratégie à l’horizon 2030.

Pour Noureddine Bedouin, les textes actuels risquent d’être vite dépassés au regard de la récurrence des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes mais également des risques liés aux catastrophes naturelles, soulignant la nécessité d’une «véritable» prise en charge des catastrophes en Algérie caractérisée en 2017 par un «record» de départs de feux et en 2018 par une «recrudescence» des événements climatiques extrêmes .

«Après une année 2017 caractérisée par un record de départs de feux qui ont détruit des dizaines de milliers d’hectares de forêt, il est observé en cette année 2018 une recrudescence des événements climatiques extrêmes caractérisés par des pluies diluviennes et des orages violents survenant dans toutes les régions du pays et pendant toutes les saisons», indique un document du ministère rendu public à l´occasion de la rencontre nationale sur la gestion des risques des catastrophes. Le document relève que cette situation «bouleverse notre perception de ces phénomènes, nos analyses et nos programmes d’action. C’est dire aussi combien la situation est devenue autant intenable qu’inacceptable et nécessite l’urgence d’une véritable prise en charge».

Ce texte, selon le ministère de l´Intérieur, constitue «la base essentielle d’une législation posant les axes principaux d’une politique donnant une part importante à l’amélioration de la connaissance des risques, le développement de l’information préventive, la prise en compte des risques dans la politique de développement et la mise en place de dispositifs de prise en charge de toute catastrophe d’origine naturelle ou technologique».

 

Comprendre le risque pour agir

La gestion des risques de  catastrophe doit être basée sur la compréhension du risque dans toutes ses dimensions (vulnérabilité, capacités et exposition des personnes et des biens, caractéristiques des aléas et environnement), ont indiqué  les participants à la conférence nationale sur la gestion des risques de catastrophes.

Les experts qui ont participé à quatre ateliers, ont estimé que l’élaboration et la mise en œuvre des dispositifs appropriés de préparation et d’intervention en cas de catastrophe doivent tenir compte des spécificités locales et des bonnes pratiques ancestrales.

Ils ont également plaidé pour le renforcement de la gouvernance des risques de catastrophes aux niveaux national et local, estimant que cela doit se faire à travers le renforcement de la base juridique et institutionnelle, en décentralisant la gestion des risques de catastrophe en les transférant vers les collectivités locales.

Il a été aussi souligné l’impératif de mettre à niveau les textes juridiques et les adapter aux normes et standards internationaux.

D’autres spécialistes ont insisté sur le partage de la connaissance théorique et pratique des risques à tous les niveaux de la société par le biais de l’éducation et de la formation.

Il est à noter que, outre les pertes en vies humaines, «les catastrophes naturelles enregistrées en Algérie en 2018 ont causé 25 milliards de dinars de dégâts», a indiqué,  en septembre dernier à Constantine, le délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Tahar Melizi.

Il a indiqué que jusqu’au 19 septembre dernier, les catastrophes naturelles, notamment les inondations qui ont touché diverses régions du pays (18 wilayas), ont coûté à l’Etat 25 milliards de dinars.

Ce chiffre s’est alourdi à la faveur des récentes inondations qui ont touché diverses communes du territoire national.

Aussi, est!il plus qu’urgent de doter le pays  d’un plan de stratégie de gestion des catastrophes.

Mohand Ouarab