Face a la cherté de la vie : La «débrouille» pour s’en sortir !

La mercuriale est en train d’enregistrer des records. Les consommateurs ne savent plus à quel saint se vouer et faire ses courses est devenu un véritable calvaire pour les familles, notamment celles aux revenus modestes.

Les légumes, même de qualité médiocre, sont proposés à des prix qui dépassent tout entendement.

Ces prix font fuir les clients qui se rabattent sur les produits laitiers ou les pâtes.  Comme les prix sont libres, il n’ ya aucun moyen légal de sanctionner les commerçants. «On nous vend à des prix très élevés. Les spéculateurs se frottent les mains et réalisent de gros bénéfices sur notre dos», dit une dame que nous avons rencontrée au marché de Birkhadem. Elle n’est pas la seule à se plaindre de la hausse des prix. Les clients sont unanimes pour condamner l’attitude des spéculateurs que rien ne semble pouvoir arrêter. «Où-allons-nous ? Les familles dont les revenus sont limités ne peuvent pas se permettre grand-chose avec ces prix», s’emporte un retraité de l’Education Nationale.

Mais la hausse des prix ne touche pas que les légumes et les fruits ne sont pas en reste : le raisin à 150 dinars, les poires et les pommes 300 dinars. Les consommateurs continuent à bouder, depuis «l’épisode choléra de l’été», la pastèque et le melon dont les prix sont pourtant abordables : respectivement à 40 et 80 dinars le kilo.

Les marchands refusent de porter le chapeau. S’ils reconnaissent que les prix pratiqués sont assez élevés, ils expliquent qu’eux aussi achètent aux marché de gros à des prix élevés et qu’ils ne font que prendre leur marge qui est, disent-ils, «très maigre». «Quand les prix étaient bas je vendais plus de produits et je gagnais plus. Aujourd’hui j’arrive juste à m’en sortir», se plaint un vendeur de légumes au nouveau marché de Bab El Oued. «Je suis aussi consommateur et je ne peux pas me permettre de dépenser de grandes sommes pour les besoins quotidiens de ma famille», dit un autre commerçant dans le même marché. Le prix de la viande ne descend pas sous la barre des 1500 dinars depuis plus de 3 ans.

Les familles n’arrivent pas à s’en sortir, surtout quand il n’y a qu’un seul salaire dans la maison. En plus de l’alimentation et des vêtements, ils doivent s’acquitter des factures d’eau, d’électricité et du gaz.

Aussi, pour arrondir les fins de mois, les femmes au foyer s’adonnent à toutes sortes de «métiers». En plus des travaux ménagers, elles font des gâteaux, des pâtes alimentaires et surtout des galettes avec et sans levain. Et elles sont nombreuses à arriver «à tirer leurs épingles du jeu». C’est le cas de Nacéra. Cette dame dont le mari invalide touche une faible pension, arrive, grâce à ses efforts et son abnégation, à gagner dignement sa vie et celle de sa famille. Tous les matins, elle se lève aux aurores. Après la prière du Fedjr, elle se met à pétrir des galettes traditionnelles. Elle doit en confectionner 150 unités pour honorer les commandes de trois restaurants. Une fois la pâte pétrie, elle la laisse reposer et passe à la préparation du petit déjeuner pour son mari et leurs quatre enfants. C’est à partir de 7h30 qu’elle entame la cuisson. Elle utilise pour cela trois réchauds de lessiveuse. «La chaleur est insupportable surtout en été, mais je fais avec», dit-elle.

Vers les coups de 10h30, c’est son mari qui part livrer les galettes à deux restaurants situés à 5 kilomètres de chez eux. Quant au café du quartier, c’est elle-même qui le livre. «Les patrons des restaurants exigent d’avoir les galettes avant midi», explique-t-elle.

Aicha, elle, est une veuve qui touche une pension de 23 000 dinars par mois. Pour s’en sortir, elle confectionne des «m’hadjebs» qu’elle vend à un fast-food. «C’est lorsque mes enfants sont à l’école que je prépare les commandes», explique-t-elle.

Mais toutes les femmes qui travaillent dans ce créneau n’ont pas la chance d’avoir des clients attitrés, la majorité se débrouille pour trouver un moyen pour écouler sa «production». Certaines s’installent carrément devant les marchés. Ainsi, par exemple, tous les jours à partir de 10h30, une vendeuse installe son étal de fortune devant le marché Nelson à Bab El Oued. «Ces derniers temps je gagne bien ma vie. Depuis la fermeture du marché des trois horloges, j’ai plus de clients», dit-elle. Durant l’année scolaire, ces ménagères doivent faire elles-mêmes les livraisons aux clients ou la vente sur les étals de fortune. «Pendant les vacances scolaires, ce sont mes enfants qui se chargent de la vente. Ils me soulagent en quelque sorte», dit-elle. «Que voulez-vous ? Dans les familles pauvres tout le monde apporte sa pierre à l’édifice. Même les enfants participent», justifie-t-elle.

Certaines femmes roulent le couscous et font de la Rechta qu’elles proposent aux vendeurs de volailles ou aux bouchers. Celles qui optent pour cette activité doivent accepter de travailler la nuit, jusqu’à des heures avancées. «Ce n’est facile tous les jours. Je manque de sommeil. Je suis tout le temps fatiguée, mais je dois aider mon mari qui travaille comme gardien d’école», dit une dame que nous avons rencontre chez un marchand de volaille au marché de Birkhadem.

La cherté de la vie oblige certains chefs de famille à travailler deux fois plutôt qu’une. Tous cherchent une activité légale qu’ils peuvent exercer la nuit. Ce sont des gardiens de nuit dans la majorité des cas. «Je suis gardien dans un CEM où je touche 28 000 dinars, mais je peux pas quitter ce travail où je suis assuré», dit un quadragénaire père de 4 enfants. Il ne travaille que 3 nuits par semaine. «Je travaille ensuite comme réparateur de téléphones portables au marché de Bab El Oued. Je gagne en 10 jours plus que mon salaire mensuel au collège», dit-il.

Boualem, lui, est un cas spécial. Ingénieur en bâtiment, il n’a pas fait long feu dans la fonction publique.

«J’ai travaillé à la direction de l’urbanisme et je touchais 31 000 dinars par mois. Le statut des ingénieurs est peu revalorisé dans la fonction publique alors j’ai démissionné», dit-il.

Depuis, il a fait son bonhomme de chemin. Il travaille lui aussi 3 nuits par semaine comme veilleur de nuit dans un hôtel du secteur public. «J’ai appris le métier de maçon et je travaille souvent chez des particuliers. Je gagne très bien ma vie. Une seule réparation me fait gagner plus de 3 millions de centimes», détaille-t-il.

Quant à Ali, il est infirmier. Lui aussi préfère travailler la nuit dans un hôpital de la capitale. Comme le travail de nuit est considéré comme pénible, il a droit à deux jours de repos après chaque nuit de garde. Il profite alors des journées de récupération pour s’occuper des malades alités chez eux.

«Je change les pansements des opérés, je fais des prélèvements sanguins pour les analyses et je fais les piqures pour les patients et les personnes âgées qui ne peuvent se déplacer», explique-t-il, reconnaissant qu’il gagne très bien sa vie «avec ce système».

Djafar Amrane