Brexit : L’UE comme le Royaume-Uni veulent croire qu’un accord demeure possible

«Je continue de penser qu’un accord négocié est ce qu’il y a de mieux pour le Royaume-Uni et l’UE, je continue de croire qu’un tel accord est réalisable», a déclaré la première ministre britannique, Theresa May, devant la Chambre des communes à Londres, à un peu plus de cinq mois de la date de sortie, le 29 mars.

«Nous ne pouvons pas laisser ce désaccord faire dérailler les perspectives d’un bon accord et nous laisser avec le résultat du non-accord que personne ne veut», a ajouté la dirigeante britannique, en référence à la question de la frontière irlandaise, sur laquelle buttent toujours les négociations.

Lors d’une rencontre avec des industriels à Berlin, la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est voulue confiante, tout en soulignant la nécessité de préparer un potentiel échec des négociations.

«Malheureusement, nous devons actuellement nous préparer à divers scénarios […] Nous ne devons pas nous mettre la tête dans le sable et dire «tout finira par s’arranger»», a-t-elle averti.

«Nous avions bon espoir de sceller un accord de sortie mais, à l’heure actuelle, cela semble plus difficile en raison des problèmes qui entourent la question de l’Irlande et de l’Irlande du Nord.

Nous voulons tous maintenir à l’avenir l’accord du Vendredi saint, qui garantit l’absence de contrôles aux frontières entre les entités irlandaises», a-t-elle expliqué.

Le petit parti d’Irlande du Nord DUP, dont les dix députés sont nécessaires à Theresa May pour disposer d’une majorité absolue au Parlement et qui refuse tout statut spécial pour la province britannique, complique les arbitrages que Mme May va devoir faire.

«Je ne vois pas quel accord obtiendrait la majorité» lors d’un vote au Parlement, a déclaré lundi le porte-parole du DUP sur le Brexit, Sammy Wilson, au journal Belfast Newsletter. «Donc il est probablement inévitable que nous aboutissions à un scénario sans accord», a-t-il affirmé.

Chef de file des conservateurs partisans d’un Brexit dur, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, a dénoncé les propositions de l’UE comme «un choix entre la casse du Royaume-Uni ou son asservissement» et a prôné de les «rejeter maintenant».

 

«Encore un mois»

Le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a souligné que l’UE travaillait «dur pour un accord».

«Mais notre travail de préparatifs en vue de toutes les éventualités se poursuit et s’intensifie» pour le cas d’une absence d’accord.

Les dirigeants des 27 partenaires du Royaume-Uni doivent décider de la marche à suivre lors d’un dîner de travail mercredi, auquel la participation de Mme May n’est pas encore confirmée.

Il est probable qu’ils délivreront un double message : les négociations se poursuivent mais l’UE doit se préparer à l’hypothèse d’une séparation sans accord, «non parce qu’un accord ne serait plus possible mais parce que le compte à rebours est engagé», a confié à l’AFP un négociateur européen.

Le chef de la diplomatie espagnole, Josep Borell, s’est voulu confiant lundi. «Rien ne va se passer avant le sommet. Nous n’aurons pas d’accord cette semaine, mais il ne faut pas dramatiser. Il reste encore du temps. Nous avons encore un mois», a-t-il déclaré.

Le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a, lui, dit s’attendre à un accord plutôt en novembre ou en décembre.

Le président français, Emmanuel Macron, a pour sa part estimé possible «d’avancer» vers un accord, tout en rappelant que la France était «prête à tous les scénarios».

Un sommet européen extraordinaire consacré aux négociations est envisagé à la mi-novembre.

«Nous sommes toujours ouverts au compromis mais il y a des fondamentaux sur lesquels un compromis n’est pas possible», a averti Leo Varadkar.

Le dirigeant irlandais demande au Royaume-Uni de «faire en sorte qu’aucune frontière dure ne sera mise en place sur l’île d’Irlande», quel que soit le scénario du Brexit.

Selon un négociateur, «les Britanniques n’ont pas été en mesure d’accepter» le dispositif négocié pour éviter une frontière.

«Il y a un blocage à ce stade mais ce n’est pas définitif. Il appartient aux Britanniques de trancher», a-t-il averti.

AFP