Tensions commerciales dans le monde : Le FMI appelle à une «désescalade»

«Nous devons travailler ensemble pour avoir une désescalade et résoudre les différends commerciaux actuels», a souligné Mme Lagarde lors d’une conférence sur l’île indonésienne de Bali, où FMI et Banque mondiale tiennent leur réunion annuelle.

«Il est tentant d’être un peu déprimé dans le contexte, mais je suis en fait optimiste parce qu’il y a vraiment une envie d’améliorer et de développer les relations commerciales» dans le monde, a-t-elle noté en soulignant notamment les «progrès» que représente la nouvelle version de l’accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.

«Il faut conjuguer les efforts pour réparer le système commercial mondial, pas le détruire», a-t-elle insisté.

En cas «d’une guerre commerciale à grande échelle le commerce mondial pourrait décroître de 17.5%» et la croissance du PIB mondial perdre «1,9 point de pourcentage», a averti Roberto Azevedo, le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), citant une étude réalisée par l’organisation. «Les États-Unis et la Chine souffriraient considérablement», ainsi que les pays dont les économies sont les plus intégrées.

 

Réformer l’OMC

Les pays membres de cette organisation vertement critiquée par les États-Unis «discutent d’une réforme de l’OMC» qui pourrait être une voie de sortie, a-t-il noté.

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, mais aussi avec ses alliés européens, se sont amplifiées ces derniers mois, marqués par une surenchère des mesures de rétorsion de tous côtés.

Washington a à ce jour imposé des droits de douane supplémentaires sur 250 milliards d’importations chinoises. Et Pékin a rétorqué en imposant des taxes sur 110 milliards de dollars de marchandises américaines.

Et ces tensions ont déjà des répercussions économiques, a souligné le secrétaire général de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), Angel Gurria.

«Cette année, la croissance ne semble pas aussi bonne» que l’année dernière, et «la différence, c’est le commerce, les tensions, le protectionnisme, les mesures de rétorsion…», a-t-il constaté.

Après une période de redressement, «nous avons commencé à faire ces choses et nous avons ralenti», a déploré le Mexicain.

Le FMI a abaissé mardi sa prévision de croissance du PIB mondial à 3,7 % pour 2018 et 2019 (-0,2 point), soit au même niveau que celle de 2017, dans la foulée d’une révision à la baisse similaire par l’OCDE.

Dans un rapport publié mercredi 10 octobre, l’institution de Washington a émis par ailleurs des inquiétudes sur la capacité du système financier international à résister à une nouvelle crise.

«De nouvelles vulnérabilités sont apparues et la résistance du système financier mondial reste à vérifier», a souligné l’institution dans son rapport sur la stabilité financière mondiale (GFSR).

 

Complaisance face aux risques

Le FMI relève que les participants au marché financier mondial «semblent complaisants» face aux risques potentiels qui pourraient découler d’un environnement financier soudainement plus compliqué, en cas par exemple de hausse des taux d’intérêt ou d’un accès restreint aux capitaux.

Depuis le dernier rapport d’avril du FMI sur la stabilité financière, les conditions économiques sont moins favorables et l’écart se creuse entre pays développés et pays émergents.

«Il y a un an, j’avais dit que quand le soleil brille, il est temps de réparer le toit. Mais on n’a pas vu beaucoup de toits réparés, beaucoup de pays «ont mangé leur pain blanc»», a indiqué Christine Lagarde à Bali en employant cette dernière expression en français.

«Alors que la tendance était à la hausse» l’an dernier, à présent «la croissance économique a atteint un plateau et il faut prendre des mesures», a-t-elle insisté.

Elle a encouragé les pays émergents en particulier à élaborer des mécanismes d’amortissement des crises, à laisser leur devise flotter et à utiliser les surplus de capitaux emmagasinés les années précédentes.Les conditions financières en Europe et dans les autres pays développés restent «relativement favorables», ajoute le rapport.