L’hiver est à nos portes : Comment éviter les inondations ?

De gros orages ont provoqués des inondations à l’Est et au Sud du pays entre le 12 et le 17 septembre dernier. Trois décès ont été déplorés. Des quartiers entiers à Constantine, Tébessa, Annaba et Tamanrasset ont été envahis par les eaux. Des maisons et des magasins ont été inondés, occasionnant de gros dégâts.

Des familles ont tout perdu. «Toutes nos affaires et notre électroménager ont été emportés par les eaux. Nous n’avons plus rien», dit une dame de Constantine. Elle habite au rez-de-chaussée d’un immeuble nouvellement construit. De nombreuses autres familles sont dans le même cas.

Des dizaines de voitures ont été par ailleurs emportées par les crues. Pour libérer la route reliant Constantine à Jijel, des dizaines d’engins sont intervenus pour enlever la boue et les détritus. Les inondations ont provoqué d’autres dégâts à Tébessa où un enfant a été emporté par les eaux. La ville d’Annaba été touchée aussi par des pluies et les dégâts sont estimés à plusieurs centaines de millions de dinars.

Durant la nuit du premier au deux octobre 2018, une pluie diluvienne s’est abattue sur la capitale. Plusieurs quartiers ont été inondés là fois aussi. Les commune d’Hussein Dey, de Belcourt et de Sidi M’hamed ont été les plus touchées. La route Moutonnière, un axe de communication important, a été ainsi fermée comme toujours quand il y a des intempéries.

Les précipitations, très importantes, se sont abattues en un laps de temps très court. C’est une pagaille indescriptible sur ce tronçon routier. Pris dans le piège des eaux, les automobilistes ne savaient pas quoi faire et sont restés ainsi coincés durant plusieurs heures. Quasiment tous les avaloirs sont bouchés et l’eau ne «peut faire autrement que s’accumuler». Excédés certains automobilistes ont laissé leurs véhicules sur place et ont continué à pied. «Un habitant m’a permis de garer mon véhicule prés de chez lui. Je lui suis reconnaissant. Je vais monter au Golf à pied ou en taxi», dit un médecin qui travaille à l’hôpital de Zéralda.

Des rues ont été inondées dans la commune d’Hussein Dey. Des habitants ont même dû quitter leurs maisons dont les toits se sont écroulés. C’est le cas de cette famille qui habite Lafarge. L’appartement s’est carrément effondré. «Je suis hébergé par des voisins qui ont sauvé ma femme et mes enfants», dit le père de famille.

Plusieurs bureaux et deux services médicaux ont été inondés au CHU Nafissa Hamoud (ex Parnet). La direction de l’hôpital a réagi dans l’urgence pour protéger les malades hospitalisés.

A El Harrach, tout le quartier situé sur les rives de l’Oued est inondé. Les habitants les plus proches du cours d’eau ont dû fuir. L’eau de l’Oued n’est pas montée, mais les rives étant déjà gorgées, l’eau de pluie a formé de petits lacs par endroits. Le plus grave est arrivé dans la station du métro. Des trombes d’eau se sont engouffrées pour atteindre la voie ferrée. La société du métro d’Alger a coupé le courant électrique pour éviter le pire. Cette coupure a induit l’arrêt du trafic durant une heure à un moment de grande affluence. Une grande pagaille s’en est suivie et les passagers ont dû sortir à la surface pour tenter de trouver un autre moyen de transport.

 

Constructions en zone inondables et sachets dans les canalisations.

Pour expliquer ces inondations, alors qu’on est encore loin des précipitations de l’hiver, on évoque l’encombrement des canalisations. «C’est la même chose. Chaque année, des inondations touchent plusieurs wilayas du pays. Les travailleurs ne débouchent les canalisations qu’après les catastrophes. Nous ne savons pas intervenir à temps», se plaint un habitant de Tébessa.

Pour leur part, les élus des communes touchées disent que les travaux de curage ont été effectués à temps et vont jusqu’à accuser les victimes des inondations d’y avoir contribué. «Ils ont tout fait pour avoir des permis de construire voila plus de 20 ans. Ils ont même eu recours au piston pour obtenir le fameux document. Même quand des architectes ont essayé des les dissuader, ils ont tenu à ériger leurs villas dans des zones inondables car situées sur des lits d’oueds ou à proximités de rivières», dit un élu à l’APC de Constantine. Il ajoute : «Aucun assureur n’établira une police pour les habitants des zones inondables. Les victimes se tournent alors vers les APC pour leur venir en aide. Je trouve cela inadmissible».

Les services de la voirie sont intervenus après les inondations pour déboucher les avaloirs. «Il faut voir ce que nous enlevons des canalisations et des regards  : des sachets par dizaines, des pièces métalliques et en plastique. Nous avons curé toutes les canalisations à la fin du mois d’août et les voila bouchées de nouveau», se plaint un chef d’équipe d’ASROUT. Il appelle les citoyens à plus de civisme : «Il y a des poubelles partout et pourtant les citoyens continuent à jeter leurs les ordures sur la chaussée. Ces sachets fissent dans les regards et les canalisations».

 

Douze points noirs à Alger

Alger compte plus de 5 millions d’habitants sans compter quatre autres millions de visiteurs qui s’y rendent chaque jour. C’est en début d’automne que les inondations provoquent le plus de dégâts. Appelées «ghassalate enouadar» en Algérie et épisode cévenol en France, ces séquences atmosphériques propres au pourtour méditerranéen se sont multipliées ces dernières années. Des pluies diluviennes s’abattent sur un sol dur qui ne peut absorber toutes les précipitations.

En Algérie, les travailleurs chargés de l’entretien des regards, avaloirs et  canalisations des eaux de pluies sont accusés de laxisme. En effet, dès que les inondations surviennent, tous le monde  s’en prend au travail des entreprises en charge de l’entretien et du nettoyage.

«Le curage des avaloirs et des canalisations est très important. En amont, il faut compter sur l’état des sols aussi. Quand ils sont durs, ils n’absorbent pas les eaux qui se retrouvent ainsi dans les zones basses des villes, provoquant ainsi des inondations», dit Ali Badiri, un urbaniste à la retraite.

Concernant la lutte contre les inondations dans la capitale, les services concernés ont recensés 10 points noirs. Dans certaines communes, ces zones sont considérées comme un calvaire pour les élus et les responsables de la wilaya. La commune de Sidi M’hamed compte 3 points noirs au niveau de la place 2 mai (Boulevard de l’ALN). Le point noir de la commune de Bab El Oued se trouve au niveau du boulevard du Commandant Mira. La commune de la Casbah a un point noir qui est situé au niveau de la pêcherie. Le point le plus dangereux se trouve avenue de Tripoli dans la commune d’Hussein Dey. La partie inondable jouxte en effet la ligne du tramway.

Pour remédier à la situation, les responsables de la wilaya d’Alger ont mis au point un plan d’intervention d’urgence en cas de risque d’inondation. Des agents d’ASROUT (entreprise de wilaya chargée de l’entretien des routes) seront affectés aux points noirs dès qu’un bulletin météo spécial (BMS) est lancé par les services concernés.

Dans un entretien accordé à l’APS, le Directeur Général d’ASROUT, Aiter Saadoune a tenu à rappeler que la lutte contre les inondations doit débuter avant l’arrivée de la catastrophe. Il révèle que son entreprise dispose désormais d’un matériel moderne pour intervenir dans les meilleures conditions. «Nous sommes intervenus sur 67 000 avaloirs. Nous avons nettoyés 6 393 regards, soit 45 % des regards d’Alger», a-t-il déclaré.

Djafar Amrane