Education nationale : Les Œuvres sociales, «mère» de toutes les batailles

La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit rencontre régulièrement les partenaires sociaux du secteur, notamment les syndicats et les associations des parents d’élèves. Des rencontres qu’elle qualifie de «positives» et de «constructives» dans la mesure, où sont mis sur la table plusieurs questions d’actualité dont notamment la surcharge des classes, les œuvres sociales et les préoccupations du corps enseignant.

Dans une ses interventions, au Forum d’El Moudjahid en septembre dernier, la première responsable du secteur de l’Education nationale, a dit attendre des partenaires sociaux qu’ils soient «professionnels». En langage clair, Mme  Benghebrit exhorte les partenaires sociaux, particulièrement les syndicats de son secteur, très revendicatifs, à modérer leurs revendications socio-professionnelles, sources parfois de tensions entre la tutelle et les enseignants, se traduisant par des actions de protestations et de grèves des éducateurs qui nuisent au cursus scolaire des élèves.

La rentrée scolaire 2018-2019 s’est déroulée dans des conditions assez particulières. Elle a failli ne pas avoir eu lieu. Un fait inédit s’est «invité», alors qu’il n’y était pas à l’ordre du jour. L’épidémie de choléra qui s’est déclarée dans certaines villes du pays a plongé la population dans l’incompréhension et la stupéfaction.

Fallait-il garder les élèves à la maison ou les laisser rejoindre les bancs des classes avec tous les risques qu’ils encourent si le choléra se propage à d’autres coins du pays ? Certains syndicats de l’Education nationale ont revendiqué  le report pur et simple de la rentrée scolaire. Mme Benghebrit droit dans ses bottes a rejeté cette «revendication» et a fait confiance aux dispositions prises par le ministère de la santé  et d’autres entités gouvernement pour finalement dire qu’il n’y a pas le feu dans la maison.

Chaude alerte pour la ministre mais qui a réussi son examen de la rentrée. Un peu de répit avant que les syndicats ne reviennent à la charge. A en croire certaines sources, les syndicats du secteur de l’Education comptent bientôt reprendre le chemin de la protestation. Le premier à vouloir reprendre du service est le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) qui a d’ores et déjà décrété la journée du 23 octobre prochain, journée de grève nationale. Les raisons de la colère syndicale : La ministre  de l’Education nationale n’a pas honoré ses engagements vis-à-vis des enseignants. Le CLA a ainsi décidé de réunir ses troupes et initier un mouvement de protestation. Un mouvement qui risque de faire tâche d’huile si la tutelle s=ne satisfait pas à ses revendications. «La tutelle n’a pas respecté ses promesses en fermant définitivement le dossier de la révision du statut particulier sans prendre en considération nos remarques. Il y a aussi le problème de la commission nationale des œuvres sociales, dont l’activité a été prolongée d’une année, alors qu’il était question de geler l’activité de ladite commission en attendant la tenue du référendum sur le mode de gestion des œuvres sociales», avait indiqué Idir Achour, secrétaire général du CLA.

 

La commission : un enjeu pour les syndicats

La veille de la rentrée, Mme Nouria Benghebrit avait demandé aux syndicats du secteur de procéder à l’élection d’une nouvelle commission de gestion des œuvres sociales. Mais, ces derniers n’ayant pu se fixer sur un choix, la ministre avait tranché en reconduisant l’ancienne commission qui avait pourtant épuisé un mandat de trois ans pour éviter tout déséquilibre durant la période scolaire 2018-2019.

A noter que la commission dont le mandat avait expiré en mai dernier, continue de gérer les œuvres sociales jusqu’à l’élection de celle appelée à la remplacer, à partir du mois de mai 2019. Lors d’une rencontre avec les syndicats du secteur, Mme Benghebrit avait proposé le proroger le mandat de la commission gérant les finances des Le secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’Education et de la Formation (Satef), Boualem Amour, a rejeté la prolongation du mandat de la commission jusqu’au mois de mai, rappelant qu’il a été convenu, en septembre dernier, de le prolonger jusqu’à la fin du même mois. La même position a été exprimée par le Secrétaire national du conseil des lycées d’Algérie (Cla), Idir Achour. Il a observé que la gestion centralisée des œuvres sociales de l’éducation empêchait les syndicats de s’informer sur les bénéficiaires des primes et le mode des dépenses.

  1. Achour a fait savoir que c’est ce dossier, outre celui relatif aux statuts des personnels de l’éducation «qui n’ont pas été respectés par le ministère», qui a amené son syndicat à appeler à une grève le 23 octobre.

En tout état de causse, la commission des œuvres sociales des personnels du secteur de l’éducation s’est réuni le lundi 15 octobre 2018 et a présenté son rapport financier et moral des trois dernières années (2015/2017) devant les syndicats du secteur et ce lors d’une réunion à huis clos organisée au lycée de mathématiques d’Alger. Dans une déclaration à l’APS, le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs d’enseignement secondaire et technique (Snapest), Meziane Meriane a affirmé que «la commission des œuvres sociales des personnels du secteur de l’éducation a présenté devant les syndicats du secteur son rapport financier et moral» qu’elle a envoyé le week-end dernier aux différentes organisations syndicales.

La commission devait présenter son rapport financier et moral pour chaque année séparément et en temps voulu afin de permettre aux syndicats de prendre information sur la gestion des finances des personnels du secteur, ainsi que d’évaluer et de proposer des suggestions dans l’objectif d’éviter les mêmes erreurs. M. Meriane a exprimé le refus de sa formation quant à la gestion centralisée qui a prouvé son inefficacité depuis 2011, estimant que la gestion de wilaya est la plus adaptée pour la gestion des finances des œuvres sociales du personnel car permettant de garantir la transparence et le partage équitable des finances.

Il a mis l’accent, en outre, sur la nécessité d’organiser un second référendum pour définir la manière de gérer les finances des œuvres sociales, soit une gestion centralisée ou décentralisée, car le premier référendum était loin des aspirations des enseignants et des personnels du secteur, affirmant que la gestion de ces  finances «n’était pas une question de personnes mais plutôt une question de lois relatives à la gestion».

De son côté, le Secrétaire national du conseil des lycées d’Algérie (Cla), Idir Achour a affirmé qu’il n’a pas pris part à la rencontre, indiquant que le syndicat consultera dans les prochains jours le rapport et émettra ses observations et positions.

  1. Idir avait exprimé le refus de sa formation de la gestion centralisée empêchant les syndicats de s’informer sur les bénéficiaires de ses primes, et du mode des dépenses.

La bataille des «œuvres sociales» ne fait que commencer en attendant l’élection de la nouvelle commission qui aura lieu en principe en mai 2019, selon  Mme la ministre. Sur ce point, le syndicaliste a indiqué que la ministre a «eu tort de décider à la place des syndicalistes». Leur divergence d’opinion «ne fait que confirmer l’urgence de revoir le mode de gestion de cette commission qui gère l’argent des travailleurs», a-t-il estimé.

Le Cnapeste, syndicat qui avait paralysé les lycées l’an dernier avec près de trois mois de grève a mis en garde, lui aussi, la tutelle contre une quelconque forme d’atteinte aux acquis des travailleurs du secteur.

Lors de son conseil national, tenu le 6 octobre, le Cnapeste a déploré les problèmes qui empêchent les enseignants d’accomplir au mieux leur mission, dont la surcharge des classes, la fermeture de postes budgétaires dans certaines régions et l’absence de moyens pédagogiques.

Le syndicat a aussi appelé ses adhérents à dénoncer toutes les formes de pression exercées sur les syndicalistes et de mettre la tutelle face à ses responsabilités en lui exigeant la concrétisation de l’ensemble des promesses faites aux syndicats au niveau local et national, sous peine d’aller à l’impasse.

Un nouveau bras de fer entre le syndicat et la ministre de l’Education nationale d’un secteur qui n’en a vraiment pas besoin?

Mohand Ouarab