Prise de décision : Comment le stress peut «retourner le cerveau»

Les scientifiques ont étudié le comportement de 51 volontaires déclarant vouloir manger sainement. Pour les mettre en situation de stress, les chercheurs ont administré à 29 participants un traitement connu des scientifiques pour induire un stress modéré, qui consiste grosso modo à plonger la main dans de l’eau glacée (entre 0 et 4°C) pendant 3 minutes, tout en étant observés et évalués par un expérimentateur. Les 22 autres volontaires n’ont pas subi ce traitement. Cependant, tous ont dû ensuite choisir un aliment parmi deux propositions, l’une étant théoriquement plus saine que l’autre.

Après plusieurs séries d’expériences, il apparaît que les participants ayant subi le test de l’eau glacée (et donc agissant sous l’effet du stress modéré) se sont dirigés bien plus souvent que le groupe contrôle vers l’aliment le plus appétissant, mais le moins sain.

Ces effets seraient également visibles dans le cerveau. En effet, en ayant recours à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), les scientifiques ont remarqué des modifications cérébrales au sein des volontaires soumis au stress, notamment au niveau du striatum, le centre de la motivation et de l’amygdale, impliquée dans le contrôle des émotions. Ces modifications réduiraient la capacité des individus stressés à se maîtriser sur leurs choix alimentaires. Le cortisol, hormone sécrétée en cas de stress, n’y serait pour (pratiquement) rien dans la grande majorité des changements alimentaires observés durant l’expérience.

 

Un stress modéré n’est pas toujours bénéfique

Selon les auteurs, ces résultats indiquent qu’un stress modéré peut avoir un impact négatif sur la maîtrise de soi.

«Ce résultat est important car des facteurs de stress modérés sont plus fréquents que des évènements extrêmes, ainsi ils ont plus d’impact sur une plus large population», explique dans un communiqué Todd Hare, un des principaux auteurs de cette étude.

«Une des pistes intéressantes pour des futurs travaux serait de déterminer si certains facteurs – comme l’exercice physique ou le soutien affectif et social – peuvent nous protéger de ces modifications structurelles du cerveau ou s’ils peuvent atténuer leurs effets sur notre prise de décision».

 

Pour être en bonne santé, garder son calme

Par ailleurs, tous les participants n’ont pas été affectés de la même manière par le stress, ce qui prouve que certains seraient plus résilients que d’autres.

Le stress provoqué par les contrariétés du quotidien serait propre à favoriser des mécanismes d’inflammation de l’organisme néfastes sur le long terme. Pour les éviter, le mieux est de se calmer.

Ainsi, conserver son sang froid face à des situations stressantes pourrait contribuer à rester en bonne santé sur le long terme. L’inflammation est une réponse normale de l’organisme à ce qu’il perçoit comme une agression. Infection bactérienne ou virale, blessure, empoisonnement… l’inflammation est le résultat d’une mobilisation du système immunitaire. Mais de la même façon, le stress ressenti par un individu induit dans les cellules un certain nombre de perturbations biochimiques comme ce qu’on appelle le stress oxydatif qui donne lieu à une surproduction de molécules chimiques nocives. Ces petites inflammations quotidiennes dues au stress sont nettement moins remarquables que celles occasionnées par une réaction allergique ou un traumatisme physique, et ne constituent pas un danger immédiat. Mais sur le long terme, l’inflammation chronique a déjà été associée à l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et même, tout récemment, à la dépression.