Circulation automobile à Alger : 100 milliards pour fluidifier le trafic !

Dans le cadre de l’ambitieux projet «Alger 2035», un programme de l’amélioration du cadre de vie est lancé. C’est dans ce contexte qu’est créée une entreprise algéro-espagnole qui est chargé de trouver des solutions au problème des encombrements dans la capitale.

Chaque jour que Dieu fait, la capitale est assaillie de toute part par des dizaines de milliers de véhicules. Toutes les routes et les rues menant à Alger sont ainsi bouchées, à partir de 6h30 et la circulation ralentit de manière significative. Les automobilistes qui ont tous tenté des itinéraires bis ou des raccourcis finissement par se rendre à l’évidence : ils ne sont pas les seuls à connaitre les détours.

«Pour éviter les encombrements j’empruntais un grand détour où la circulation y était fluide. Je passais pas Djenane Esfari et évitais ainsi la Côte de Bir Mourad Raïs. Cela me permettait de gagner un temps non négligeable, mais, peu à peu tous les automobilistes se sont mis à emprunter le même itinéraire, alors j’ai décidé de reprendre mon trajet habituel», dit un employé de banque qui réside à Saoula.

La Côte de Bir Mourad Raïs est un des accès principaux à la capitale. Les automobilistes végètent souvent de longues heures avant d’atteindre les zones plus fluides. Dans les encombrements on remarque que les voitures sont immatriculées dans pratiquement toutes les wilayas du pays. Ce sont les habitants de l’Ouest et du Sud de l’Algérie qui passent par ce goulot d’étranglement. Ils ne peuvent faire autrement. «D’habitude je passe ici à 6 h du matin. Aujourd’hui nous avons été retenus par le barrage routier de Baba Ali. Il n’est que 7h et pourtant vous voyez comment ça roule. Je suis bloqué depuis 15 minutes à la même place», se plaint un chauffeur de Taxi de Tiaret.Parmi ses passagers, il y avait un malade qui devait se présenter à l’Hôpital Mustapha à 8h. «J’espère juste que le médecin va me permettre d’entrer pour faire ma chimio», se plaint ce jeune homme de 17 ans qui a fait le voyage seul.

Le même phénomène est visible au niveau du carrefour du 5 juillet à proximité du complexe sportif Mohamed Boudiaf. Là, ce sont les automobilistes originaires des wilayas de la Côte ouest du pays qui sont bloqués. Et là aussi, les encombrements sont très nombreux.

Les automobilistes qui viennent de l’est du pays sont bloqués, quant à eux, au niveau du barrage routier de Mohammadia à proximité du Palais des expositions.

Alger est ainsi assaillie de partout tous les matins. De plus, impossible, une fois en ville de trouver une place de stationnement. Les rares parkings ne se vident pas la nuit car les riverains y garent leurs véhicules. La police veille au grain et le moindre écart de conduite expose le conducteur à des amendes ou carrément à la mise en fourrière de la voiture.

 

Que de rendez-vous ratés à cause des encombrements.

Les automobilistes qui ont eu des problèmes à causse des encombrements aux portes de la capitale se comptent par milliers. Cela va d’un rendez-vous raté, à un vol d’avion manqué voire des fiançailles reportées de plusieurs heures. Certains ont même perdu leur emploi après des retards répétitifs. Hamid est un cas typique. Travailleurs assidu durant plus de 12 ans dans une banque, il habite à Bouinane, une localité proche de Chebli dans la wilaya d’Alger. Durant ses premières années de travail, il se levait tôt pour prendre le train à Birtouta. Tout allait donc pour le mieux.

En 2008, avec les facilités accordées par les concessionnaires automobiles, il achète une voiture à crédit. Dès le premier jour où il se rend à travail en voiture, il est bloqué dans les embouteillages.

Pour trouver une place de stationnement, il a dû faire plusieurs fois le tour du quartier où il travaille.

«J’ai commencé le travail à 10h30 ce jour là. La pointeuse était fermée. Au lieu de revenir au train, j’ai continué à utiliser ma voiture pour frimer. A la fin du mois, mon salaire a été divisé par trois. Je suis passé devant le conseil de discipline, c’était l’époque où les entreprises licenciaient par mesure économique», se souvient-il.

Pour être réintégré, il a écrit au ministre des Finances de l’époque. Il travaille aujourd’hui à Blida où il se rend par train tous les matins. «La voiture c’est pour les vacances et les courses», dit-il.

Khaled était encore jeune, comme il le dit, en 2010. Il venait de Mouzaia, dans la wilaya de Blida, en cortège pour ses fiançailles.

«Tout allait bien au début, mais dès que nous sommes arrivés à Boufarik, nous sommes tombés sur les supporteurs de l’Equipe d’Algérie de football qui se rendaient au stade Tchaker de Blida. C’était un mardi après midi et tous les parents s’étaient aussi donné rendez-vous pour sortir leurs enfants. Nous sommes arrivés chez mes futurs beaux-parents avec cinq heures de retard. Ils avaient pensé que nous avions changé d’avis», se rappelle t’il. «Ma femme et moi en rions aujourd’hui », ajoute-t-il.

Belgacem est un jeune homme de Bordj Bou Arreridj. Titulaire d’un master en gestion financière, il a envoyé plusieurs demandes d’emploi à des sociétés. Il est convoqué en janvier 2018 pour un entretien d’embauche dans une entreprise étrangère dont le siège social se trouve à Alger. Il prend un taxi à quatre heures du matin pour être certain d’arriver à l’heure.

Pour son malheur, il pleuvait des trombes ce jour là. Les routes ont été inondées. Résultat des courses, il arrive à son rendez-vous avec deux heures de retard. «Le chef du service des ressources humaines avait déjà fait ses entretiens et recruté les deux cadres dont il avait besoin», dit-il.

Belgacem est toujours en chômage : «Si je réussi à avoir un autre rendez!vous d’embauche à Alger, je prendrai carrément une chambre d’hôtel cette fois».

Des étudiants qui ont raté des examens ou des malades qui sont arrivés en retard à l’hôpital sont légions. Même les automobilistes et les usagers des bus qui se lèvent aux aurores ne sont pas pour autant assurés d’arriver à temps. En effet, ce nouveau phénomène pousse quasiment tous les Algériens à sortir de plus en plus tôt de chez eux. Et c’est… l’embouteillage…

 

100 milliards de dinars pour désengorger les routes.

Pour le moment tous le monde continue de «souffrir» chaque matin en allant au travail. Mais peut-être pour pas longtemps. Selon des sources proches de la wilaya d’Alger, une entreprise algéro-espagnole est en train d’étudier des solutions.

Selon des mêmes sources, les experts espagnols opteraient pour le développement du transport en commun dans la capitale. Les automobilistes seront invités à laisser leurs voitures dans des parkings en banlieue et pourront rejoindre le centre ville en tramway, métro, train ou bus. Selon les initiateurs de ce projet, qui est encore à l’étude, aucune autre solution n’est possible car le parc automobile ne cesse de s’accroitre en Algérie.

Pour le moment, des travaux sont entamés pour fluidifier la circulation au niveau des points noirs recensés. Lors d’une visite qu’il a effectuée en juillet dernier dans la capitale, le ministre des Travaux Publics, Abdelghani Zaalane a déclaré : «Tout au long de ces dix dernières années, la wilaya d’Alger a bénéficié de 95 milliards de dinars pour l’expansion des routes et l’aménagement des côtes».

Il a rappelé que ce budget est une rallonge aux grands travaux infrastructures de base réalisées par son secteur. «Ces réalisations nous ont permis d’éviter une congestion terrible dans la capitale», a-t-il expliqué.

La société mixte algéro-espagnole a été chargée de la régulation de la circulation routière à Alger.

La première phase du projet consiste à doter quelque 200 carrefours de feux tricolores, et 300 autres dans un second temps, pour atteindre un nombre global de 500, qui couvriront l’ensemble de la wilaya.

Les points noirs recensés seront transformés en rond-point. Ce genre d’ouvrages permet, selon les experts, de diminuer les engorgements des routes. «Nous avons constatés que quand nous traitons un point noir, nous ne faisons  que transférer les problèmes vers d’autres points. C’est le cas du désengorgement du carrefour de Chevalley. La circulation est aujourd’hui plus fluide, mais nous avons créé un grand problème au niveau du carrefour Saïd Touati à Bab El Oued», dit un ingénieur des ponts et chaussée au département des Travaux Publics.

Ces travaux titanesques entrent dans le cadre du projet Alger 2035. Ce programme ambitieux tend à faire d’Alger une véritable capitale méditerranéenne.

Djafar Amrane.