Investissements intra-africains : Enfin des données fiables !

Investir en Afrique fait la une des journaux. Il y a un consensus croissant sur les besoins des entreprises africaines d’investir dans le continent alors que les flux d’investissements étrangers mondiaux sont en baisse.

Encore faut-il connaître les réalités de ces entreprises à travers le continent.

C’est pour combler cette absence de données, de chiffres ou encore d’informations que la Banque africaine de développement (BAD) a publié le 25 septembre son premier rapport sur l’état des lieux des investissements intra-africains.

 

Des entreprises africaines confiantes

Pour se faire, la banque panafricaine s’est appuyée sur des cas pratiques de sociétés d’envergure appartenant à divers secteurs.

Ce sont des multinationales, d’après une définition certes très simpliste, mais qui colle à la définition mondiale.

Une multinationale africaine est définie comme une société ayant son siège en Afrique et opérant dans au moins trois autres pays en dehors de son marché domestique.

Et premier constat : l’institution financière multilatérale estime qu’un nombre grandissant d’entreprises croit à la croissance du continent sur le long terme. Cette confiance leur permet de mieux adapter leurs modèles commerciaux aux marchés régionaux, de former des talents locaux et d’établir des partenariats public-privé.

 

Un contexte d’échanges intra-africains en hausse

Et c’est une réalité. L’Afrique voit ses échanges mieux intégrés ces dernières années et l’environnement mondial instable contribue à pousser les pays à promouvoir les investissements intrarégionaux comme moyen de lutter contre les chocs extérieurs.

Cela est illustré par la signature en mars de la zone de libre-échange continentale africaine, visant à réunir un marché de 1,2 milliard d’habitants et un PIB combiné de 2 500 milliards de dollars (soit plus de 2 000 milliards d’euros).

De plus en plus de pays améliorent également le climat des affaires : l’Afrique subsaharienne est la région qui a enregistré le plus grand nombre de réformes en 2016 et 2017, selon la Banque mondiale.

Les entreprises réalisent également le potentiel de retour sur investissement étant donné l’augmentation de la population, l’accès croissant à la technologie et l’amélioration des règles relatives aux visas pour faciliter la libre circulation. «Il est bien connu que l’investissement, qu’il s’agisse d’investissements intérieurs ou d’investissements directs étrangers (IDE), ciblé sur des secteurs stratégiques spécifiques, a le potentiel de permettre à l’Afrique de dépasser l’échelle du développement… .

L’approfondissement de l’intégration régionale est également un aspect important pour renforcer l’attractivité de l’Afrique en tant que destination d’investissement», commente Albert Muchanga, commissaire chargé du Commerce et de l’Industrie au sein de l’Union africaine.

Chiffres à l’appui, la BAD estime qu’entre 2006 et 2016 les investissements intra-africains vers de nouveaux pays sont passés de 4 à 10 milliards de dollars. Le nombre de fusions et d’acquisitions intrarégionales a également doublé, passant de 238 transactions en 2006 à plus de 418 en 2016.

 

La montée en puissance des multinationales africaines

Le rapport souligne en particulier l’exemple d’Ethiopian Airlines, qui, grâce à un mélange d’investissements stratégiques, d’acquisitions de compagnies aériennes et de partenariats panafricains, est devenu la plus grande compagnie aérienne d’Afrique.

Des institutions financières comme la togolaise Ecobank, Attijariwafa Bank au Maroc, Standard Group en Afrique du Sud ou encore la kenyane Commercial Bank ont également été mises en avant pour avoir adopté des stratégies transfrontalières flexibles et promu la diversité dans leur portefeuille d’entreprises.

Le secteur des médias n’est pas en reste avec Nation Media Group basé au Kenya et dirigée par Clifford Machoka.

Fondée en 1962, cette société spécialisée aussi bien dans l’imprimerie que le numérique est cotée en Bourse dans quatre pays, avec des bénéfices de 2,5 milliards de shillings, soit 23 millions d’euros.

Pour son fondateur, il ne fait aucun doute que «l’ouverture de l’espace numérique a permis d’ouvrir notre route vers le marché transfrontalier, facilitant ainsi notre entrée sur les marchés de la sous-région», avant de préciser que «pour répondre à une demande croissante, le groupe s’est d’abord concentré sur les produits et canaux innovants. Il a aussi recruté plus de talents pour atteindre les femmes et les jeunes consommateurs, pour s’arrimer aux tendances des nouveaux médias», décrit Clifford Machoka en partageant son expérience dans la revue de la BAD.

 

Quelles leçons pour l’avenir ?

Pour la BAD, des tendances se dessinent clairement sur la manière dont les entreprises devraient investir, capter plus de ressources et gagner en audace afin de traverser les frontières.

L’une des leçons que donne l’institution est d’acquérir une meilleure connaissance des parcours et des visions des grandes entreprises.

En effet, toutes celles qui sont citées dans le rapport se sont d’abord concentrées sur leurs marchés nationaux avant d’atteindre les marchés voisins et de voir au-delà.

Le Point Afrique