Cinéma : Le Maghreb sur la route des Oscars

Longue est la route qui mène jusqu’à la scène du Dolby Theater, à Los Angeles, où se tiendra la 91e cérémonie des Oscars, le 24 février prochain. La campagne électorale du cinéma mondial a déjà commencé. Les pays étrangers souhaitant concourir pour la statuette «meilleur film étranger» ont jusqu’à fin septembre pour proposer leur candidat. Après, une commission élira une «short list» composée de neuf films. Le collège de tous les votants élira ensuite les cinq finalistes puis le gagnant. Cette année, trois pays du Maghreb ont décidé d’envoyer un potentiel lauréat. Au total, près de quatre-vingts pays candidatent à cette cérémonie suivie par un milliard de téléspectateurs. Les retombées sont importantes en termes d’images et pour l’industrie du pays. À part l’Algérie, Oscar du meilleur film étranger pour «Z» de Costa-Gavras en 1969, aucun pays du Maghreb n’a emporté la statuette depuis cinquante ans.

 

Maroc : Burnout de Nour Eddine Lakhmari

Connu pour «Casanegra», film noir et détonnant, ce cinéaste reprend du service pour l’Oscar. Sa nouvelle production se déroule durant une nuit. Des gens ordinaires y vivent des situations extrêmes. Burnout n’a pas connu le retentissement international de «Casanegra». C’est la quatorzième fois que le Maroc envoie un film candidater à l’Oscar du meilleur film étranger. Aucun n’a été retenu.

 

Tunisie : La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania

Présenté en sélection officielle du Festival de Cannes 2017, section Un Certain regard, le film a notamment bénéficié d’une belle sortie salle en France. Son passage par la Croisette lui a permis d’être vu par la communauté internationale du cinéma, Américains inclus. Il narre en une poignée de plans-séquences l’histoire de Maryam, violée par des policiers en 2012. On la voit en butte à l’indifférence de l’administration et à la misogynie la plus crasse. En une série de plans-séquences, la cinéaste impose un ton, un style. Un candidat sérieux pour la «short list». C’est la cinquième fois que la Tunisie envoie un candidat. Aucun d’entre eux n’a jamais été retenu.

 

Algérie : Jusqu’à la fin des temps de Yasmine Chouikh

C’est une réalisatrice qui a été choisie pour cette vingtième tentative de briguer l’Oscar du film étranger. C’est la seconde fois qu’une femme cinéaste représente l’Algérie. En 2002, Yamina Bachir Chouikh, sa mère, postulait avec «Rachida». Le père de Yasmine Chouikh, Mohamed Chouikh, est l’auteur de «la Citadelle». Une famille de cinéastes, donc. En 1969, l’Académie des Oscars récompensait une coproduction franco-algérienne se déroulant en Grèce : Z de Costa-Gavras. Produit par Jacques Perrin, coproduit par l’Algérien Ahmed Rachedi, Z racontait le coup d’État des militaires. Il offrit une statuette à l’Algérie ainsi que deux autres nominations : l’une dans la catégorie meilleur réalisateur pour Costa-Gavras, l’autre pour celle du meilleur scénario. Le film fut un immense succès public et critique.

 

Et un film libanais d’ores et déjà favori

Capharnaüm de Nadine Labaki, prix du jury au Festival de Cannes, pourrait valoir son second Oscar au Liban. Son sujet un enfant porte plainte contre ses parents, leur reprochant de lui avoir donné la vie dans la misère , ainsi que son approche cinématographique très mélo en font un favori de la prochaine cérémonie. L’Insulte de Ziad Doueiri a emporté l’hiver dernier l’Oscar du film étranger. Le Liban pourrait faire coup double. Plus largement, l’impact d’un Oscar n’a rien d’anecdotique. Il offre à son réalisateur des facilités pour son film suivant. Il permet au pays de mettre en avant son industrie, ses capacités de tournage sur son sol. Le Maroc accueille fréquemment des tournages de grosses machines hollywoodiennes : Mission impossible Rogue Nation, le dernier 007 Spectre ou Gladiator de Ridley Scott. La cinéaste Yasmine Choukh déplorait récemment l’absence de politique culturelle de l’État. La plus grande difficulté des films du Maghreb est d’être vus dans leur propre pays, dans leur région. Manque de salles de cinéma, manque de distributeurs, manque d’investissements de l’État. Reste le piratage… Réponse le 24 février 2019.

Le Point Afrique