Intempéries et inondations : «Les leçons mal apprises» !

Une alerte aux pluies orageuses sur 14 wilayas a été lancée par Météo Algérie, mercredi 26 septembre 2018. Le texte de l’agence indique qu’une activité pluvio-orageuse accompagnée parfois de fortes averses de pluie et ou de grêle continuera d’affecter 14 wilaya du pays. L’alerte vigilance cite les wilayas concernées.

Météo Algérie insiste sur le caractère des précipitations qui sont qualifiées «de fortes averses ou de grêle». Les territoires concernés : Il s’agit de la plupart des wilayas de l’est du pays, qui ont eu déjà a connaître des inondations importantes occasionnant des pertes humaines et de sérieux dégâts matériels.

Les autres wilayas qui seront touchées par ces épisodes pluvio-orageuses ont, elles aussi, subi des dégats. Le prix payé en pertes humaines et matériels fut traumatisant.

A qui incombe la faute ? Qui est responsable de ces bilans payés en prix fort par la collectivité ? Il semble que leçons des inondations de Bab El Oued et dans d’autres villes du pays n’ont pas été retenues. Les récentes inondations qui ont touché certaines wilayas du pays, notamment Constantine et précédemment Tébessa et tout récemment la wilaya d’Adrar, avec les dégâts matériels et humains que l’on connait, rend plus que jamais nécessaire  une stratégie nationale de lutte contre les risques majeurs. Chaque début d’automne apporte son lot de «catastrophes», occasionnées par des flots d’eaux qui déferlent dans les rues et les ruelles des villes qui reçoivent des trombes d’eau sur un temps très court. On se souvient du 10 novembre 2001 et de ces dévastatrices inondations alimentées par un violent orage  qui ont dévalées, en flots puissants et continus, des hauteurs du quartier de Bab El Oued, à Alger, tout le long de la route du Frais Vallon, emportant sur leurs passages des centaines de véhicules et se soldant par la mort de nombreuses personnes et de dégâts matériels considérables.

D’autres inondations continuent de survenir à la moindre «forte averse» dans différents coins du pays causants des pertes en vie humaines et de gros dégâts. Quelles sont les raisons ? On cite pêle-mêle un cumul de déficits dans l’application de la loi et de laisser-faire dans les pratiques anarchiques de la gestion de l’espace urbain. La maffia du foncier, l’attribution anarchique de terrains à bâtir, la destruction des zones boisées, la détresse de populations ayant élu domicile sur les berges des oueds quand ce n’est pas sur leur lit, l’absence de toute réglementation en matière de planification de l’espace urbain sont autant de facteurs ayant été propices à des inondations qui pouvaient être évitée ou du moins atténuer l’ampleur des dégâts.

 

La situation n’a pas changé

La situation a-t-elle changé de puis la catastrophe de Bab El Oued ? Il y a eu quelques aménagements sans plus à l’exemple de la réalisation des réseaux de collectes des eaux de pluie qui longe le Frais Vallon à Bab El Oued. Mais, on continue de construire sur les lits et les berges des oueds, des villages se sont érigés sans le respect des normes qui régissent l’acte de bâtir, sans réseaux d’assainissement et collecteurs d’eau de pluie et d’eaux usées. L’Etat a promulgué une loi pour régulariser toutes ces constructions illicites sans regarder sur les conséquences sur l’avenir. Un encouragement à bafouer les lois de République.

«L’Etat doit prendre de véritables mesures pour protéger les villes contre le risque des inondations, en modernisant les réseaux d’assainissement et de collecte des eaux de pluies, en révisant les normes régissant ces ouvrages, vitales et stratégiques, pour éviter de nouveaux drames et les pertes occasionnés à l’économie par la négligence et le laisser aller». C’est ce que disent les «bâtisseurs», architectes, urbanistes et autres experts du secteur du BTPH. C’est dans ce sens que le délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locale et de l’Aménagement du territoire, Tahar Melizi, a affirmé récemment à Blida, l’importance dévolue aux collectivités locales dans la réduction des risques liés aux grandes catastrophes, citant, lors de la célébration de la Journée internationale de la prévention des risques majeurs, il a cité la Loi 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes.

Selon le délégué du gouvernement, les collectivités locales sont les premières concernées dans toute catastrophe potentielle (inondations, séismes, tempêtes, incendies ou risques industriels et autres), soulignant l’impératif pour les autorités locales d’être conscientes de ce fait et d’être préparées à y faire face par l’accompagnement des collectivités locales dans leur prise en charge de la catastrophe.

 

Conférence nationale

Dans ce sillage, le Délégué national aux risques majeurs au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locale et de l’Aménagement du territoire, a annoncé la tenue les 22 et 23 octobre prochain d’une conférence nationale sur la prévention et la gestion des risques majeurs.

«Cette conférence aura pour principaux objectifs, l’établissement d’un état de lieu, une meilleure sensibilisation des différentes parties prenantes, la mise à jour de la réglementation nationale pour l’adapter aux standards internationaux et enfin l’élaboration d’une nouvelle stratégie qui se déclinera en plans sectoriels de prévention et d’action» contre les différents risques majeurs, a expliqué M. Melizi sur les ondes de la Radio nationale.

En attendant les recommandations qui sortiront de ce conclave et leur mise en application sur le terrain, bien d’eau aura coulé sous les ponts en raison du retard pris dans l’élaboration des cartographies des risques. Selon  Melizi, celles-ci «sont en train d’être élaborées par les secteurs concernés».

«Nous n’avons pas encore officiellement la cartographie exacte des zones inondables. Elle est en train d’être réalisée et j’espère qu’on l’aura assez rapidement pour pouvoir prendre les mesures nécessaires par rapport à ces zones», a-t-il dit, rappelant l’existence de dispositions de la loi qui interdisent la construction dans ces zones. Une disposition de loi qui n’est pas respectée au vu et su de tous les responsables à tous les niveaux.

Mohand Ouarab