Nos villes et villages sont sales : Les jeudis pour le nettoyage !

La ministre de l’environnement a décidé d’instaurer une campagne de nettoyage tous les jeudis. Pour donner l’exemple, elle participe avec les bénévoles. Est-ce la panacée pour «enraciner» «le reflexe» propreté chez les Algériens ?

Nos villes et villages sont est sales. Ce constat tout le monde peut le faire. Les rues, les ruelles et mêmes les endroits reculés croulent sous des tas d’ordures. Cette situation dure depuis des décennies.

L’Algérien a une relation exceptionnelle avec son environnement. S’il tient à la propreté de sa maison et de sa voiture, il n’est pas si méticuleux quand il s’agit de l’espace public.

Ce laisser-aller transforme tous les quartiers en poubelle à ciel ouvert. Les ordures sont jetées à même la rue.  Aucun édifice n’est pas épargné. Les murs des écoles ; des hôpitaux et d’autres édifices publics sont transformés en dépotoir. Les familles algériennes refusent que les autres déposent les poubelles devant leurs maisons.

Du coup ce sont les édifices publics qui sont devenus les réceptacles des ordures des quartiers où ils se situent. C’est le cas devant l’Ecole Mesbahi Hamidou dans le quartier Méridja à Saoula. L’entrée de l’établissement scolaire est souvent obstruée par des centaines de sachets d’ordure.

En accompagnant leurs enfants, les parents déposent leurs sachets devant l’établissement. Ce spectacle émouvant n’émeut personne. Les chefs d’établissement qui se sont succédé ont alerté les responsables de l’Assemblée populaire communale (APC), mais aucune solution n’a été trouvée. Il arrive que certains parents se plaignent de la situation, mais seulement les jours où ils ne déposent pas leurs ordures au même endroit.

A deux pas de l’école se trouve la salle de soins. Les employés ont du trouver des astuces pour décourager les voisins de déposer leurs poubelles devant l’entrée. Ils ont érigé une sorte de barrière.

«Les gens avaient transformé l’entrée du dispensaire en dépotoir. Nous avons dû réagir en érigeant cette barrière. Depuis nous avons la paix», dit une infirmière. Toujours dans la commune de Saoula, il y a un endroit très sale.

L’Oued ou plutôt l’égout à ciel ouvert qui sépare les commune de Birkhadem et de Saoula est devenu au fil du temps le dépotoir de tous les gens qui construisent leurs villas. En effet pour ne pas payer le droit de décharge, ils jettent carrément dans la nature les terres et les déchets de construction.

L’oued ainsi obstrué représente aujourd’hui un véritable de danger pour la santé des riverains. Toutes les communes du pays ont des dépôts d’ordures sauvages.

 

Les efforts de l’Etat et les initiatives citoyennes.

Les pouvoirs publics tentent d’endiguer le phénomène, mais pour le moment les citoyens ne jouent pas encore pleinement le rôle qui leur est dévolu. L’ancienne décharge publique d’Oued Semmar a été transformée en espace vert. Des moyens matériels et  humains ont été mobilisés pour nettoyer les quartiers du pays. Pour instaurer une culture de civisme chez les citoyens, des horaires  pour le dépôt des ordures ont été instaurés mais en vain. Dans la wilaya d’Alger la seule entreprise Extranet qui prend en charge le ramassage de 26 communes situées en banlieue de la capitale a ramassé 580 000 tonnes d’ordures en 2017.

Selon des sources bien informées, Netcom qui est en charge de la collecte des ordures dans les communes du grand Alger a ramassé plus de 700 000 tonnes durant le même exercice. Pour protéger l’environnement, la wilaya d’Alger a opté pour l’enfouissement des ordures. L’ancienne décharge publique d’Oued Semmar a été fermée et transformée en espace vert.

Les automobilistes qui empruntent l’autoroute ne sont plus incommodés par les mauvaises au niveau d’Oued Semmar justement.

Des citoyens algériens commencent à prendre conscience quant à la gravité de la situation, d’autant que les enfants sont touchés souvent par des maladies respiratoires.

«Mes trois enfants âgés entre 3 et 8 ans, sont tous atteints d’asthme. Le médecin m’a dit que cela est dû à la saleté entre autre. Depuis, je milite dans l’association de mon quartier et nous intervenons souvent pour faire des opérations de nettoyage», dit un habitant de la cité Climat de France sur les hauteurs de Bab El Oued.

La campagne lancée en 2015 et qui s’intitulait, 1,5 millions de nettoyeurs bénévoles n’a pas fait long feu. Le mouvement avait bien commencé avant de s’essouffler. Devant la dégradation de la situation d’autres bénévoles activent sur les réseaux sociaux pour inculquer la culture du nettoyage surtout sur auprès des jeunes.

 

Quand une ministre retrousse les manches.

Devant la dégradation de la situation la Ministre de l’environnement Fatima Zahra Zerouati a décidé de lancer une campagne de volontariat.

Selon des sources proches de ce département,  chaque jeudi des opérations de nettoyage auront lieu à travers les communes du pays.

Le premier opus de cette campagne a eu lieu le jeudi 30 aout 2018.   Des équipes des entreprises de ramassages des ordures soutenues par des bénévoles ont procédé au nettoyage de plusieurs quartiers dans toutes les villes du pays.

La Capitale n’est pas en reste. Alger est la  vitrine du pays, mais elle croule sous les ordures. Netcom et extranet, sont les deux entreprises de wilaya en charge de la gestion des ordures (ramassage et enfouissement).

Dans certains quartiers du centre ville, les camions de Netcom font plus de 4 passages par jour ce qui engendre des encombrements quand les éboueurs ramassent les ordures fraichement déposées par les habitants et les commerçants.

«Nous n’arrivons pas à nous reposer. Nous réalisons plusieurs sorties chaque jour. Dans certaines capitales étrangères, les éboueurs ne passent qu’une fois par semaine et les rues sont pourtant propres», dit un responsable de Netcom que nous avons croisé au marché des Trois horloges à Bab El Oued.

«Si cette campagne dure dans le temps, je suis sûr que les algériens finiront par adopter les meilleurs reflexes», dit un habitant de Bab El Oued.

L’épisode du choléra a permis de mettre en avant l’importance de la propreté des villes pour justement éviter d’autres épidémies transmises par les vecteurs qui vivent au milieu de la saleté.

Comme première mesure, la Ministre de l’environnement Fatima Zohra Zerouati a lancé une campagne de nettoiement le 30 août dernier à travers le territoire national sous le slogan : «Ramène tes voisins pour qu’on la nettoie et qu’on la laisse propre».

Elle a même pris part à cette campagne dans plusieurs communes de la wilaya d’Alger. «Les objectifs de la stratégie de protection de l’environnement ne peuvent être réalisés en l’absence du sens de civisme, manquant dans la société algérienne, malgré la volonté politique, les technologies et l’affectation d’importantes enveloppes financières», a-t-elle précisé.

L’initiative semble louable. Elle est en effet sensée faire prendre conscience aux  citoyens des dangers de la saleté et de la nécessité d’un environnement sain. Ainsi, ils sont appelés désormais à prendre part au nettoyage de leurs quartiers.

Pourtant  l’expérience semble marquer le pas. Elle n’a pas été renouvelée le jeudi 6 septembre 2018 alors que de nombreux jeunes et retraités s’étaient mobilisés.

«Je m’attendais à la reprise de la campagne de volontariat. J’ai attendu en vain durant deux heures avant de rentrer chez moi», dit un retraité qui habite Birkhadem.

Il est même  découragé, car il tient à ce que cette campagne soit un véritable mouvement qui doit durer dans le temps. «Nous devons activer pour rendre nos villes propres, alors je suis pour une campagne de nettoyage tous les jeudis», ajoute-t-il.

Selon des sources proches du ministère de l’Environnement, la campagne sera maintenue et elle est appelée à devenir une habitude.

«Le 6 septembre a coïncidé avec la rentrée scolaire alors les équipes des travailleurs communaux étaient occupées par des travaux dans les écoles. Nous reprendrons le nettoyage dès que les enfants reprendront normalement leur scolarité», a dit un élu de la commune de Bab El Oued.

Djafar Amrane