La jeunesse, ce grain de folie…

Récemment on a procédé l’ouverture de la mythique salle de cinéma Afrique et la reconversion d’une salle en théâtre en plein centre d’Alger.

Ces deux événements hautement symboliques augurent-ils d’autres mœurs que celles qui régissent notre quotidien confronté aux pizzerias et aux fast-food qui foisonnent ?

En effet, notre jeunesse évolue dans un environnement rébarbatif où la culture constitue la dernière roue de la charrette, un luxe dont on peut se passer puisque on nous a appris durant des décennies que l’essentiel demeure le confort matériel et celui de l’estomac.

Alors peu à peu, on a renoncé à toute activité artistique et l’on scrute avec nostalgie ces années lointaines où l’on pouvait aller passer la soirée au cinéma, au théâtre ou au concert.

Aujourd’hui, les rares soirées distractives se limitent à des «sahras» avec une vedette arabe ramenée à coups de gros chèques en devises ou, dans le meilleur des cas, à une soirée andalouse, malouf ou chaâbi à laquelle assistent surtout des connaisseurs.

C’est dire l’indigence d’un paysage culturel déserté par ses acteurs depuis que l’acte de chanter, de jouer une pièce de théâtre passe pour une hérésie.

Mais c’est surtout à l’école, creuset de la formation et de l’identité, que l’on constate la pauvreté de l’activité culturelle réduite aux commémorations des fêtes nationales au cours desquelles les élèves déclament des poèmes peu inspirés.

La musique, le théâtre, le dessin, sont très peu ou pas du tout enseignées, parce que considérées subversives et haram !

Alors on comprend dès lors que nos enfants se défoulent sur des tablettes où des jeux dangereux sont proposés. Et pis encore, qu’ils soient de plus en plus nombreux à vouloir s’exiler non pas pour des considérations matérielles mais purement culturelles.

Pour pouvoir vivre leur jeunesse comme il se doit, c’est-à-dire avec ce grain de folie qui fait son charme.

Ici, les jeunes n’ont pas de jeunesse et sont vieux avant l’âge, n’ayant d’autre choix que la mosquée ou… la drogue.

N.B.