Rachid Mimouni, pour mémoire…

Il était venu à la littérature par effraction, lui le «scientifique» rompu aux préceptes cartésiens. Alors il s’est mis à écrire sans se douter qu’il allait vite entrer dans le cercle très fermé des romanciers de talent, de ceux-là qui marqueront la littérature. Qu’importe l’appellation, «l’étiquette» qu’on n’a de cesse de coller à l’écriture de cette contrée d’Afrique du nord : «d’expression française», «Littérature maghrébine»… comme pour la confiner dans son moule de sous-traitante de la littérature française réservée, elle, à l’élite.

N’est-ce pas Kateb Yacine qui disait :  «J’écris en français pour dire aux Français que j’écris mieux qu’eux» ? En effet, ce «butin de guerre» fut partagé par nombre d’écrivains de ce côté-ci de la mer et Rachid Mimouni fut sans doute non pas le plus prolifique mais le plus significatif.

Avec son style très particulier, il faisait de la littérature un prétexte pour s’attaquer aux grands problèmes sociétaux, sans pour autant se détacher de la romance («La ceinture de l’ogresse», «Le printemps n’en sera que plus beau»).

Mais ses œuvres majeures restent indiscutablement «Le fleuve détourné»  et «L’honneur de la tribu», deux fresques politico-sociales aux titres expressifs.

La notoriété de Rachid Mimouni avait largement traversé les frontières et il reçut de nombreux prix littéraires, mais l’homme sut rester modeste et garda le même train de vie en continuant à exercer son métier de professeur d’université et habiter dans un trois-pièces à Boudouaou avec femme et enfants.

Qu’il risquât sa vie, il n’en avait cure mais quand des menaces sérieuses atteignirent ses enfants et que son nom fut placardé dans les mosquées comme le «mécréant à abattre», il prit la douloureuse décision de s’exiler. Surtout que Tahar Djaout, son ami intime, venait d’être assassiné «par un marchand de bonbons».

Il partira à Tanger «parce que cette ville ressemblait à Alger».

Ce fut dans cette ville qu’il commença à mourir, lui qui était loin de tout, de ses racines, de lui-même… Et ce 12 février là, dans un hôpital parisien, il ne décéda pas. Il acheva de mourir.

N.B.