Une fatwa contre la harga

Le phénomène de la «harga» devient de plus en plus récurrent, de plus en plus tragique avec ces statistiques macabres que révèle la presse chaque jour.

Des corps échoués sur les plages, des disparus, des rescapés livides s’accrochant désespérément à des bouées de sauvetage que des garde-côtes lancent avant d’embarquer les exilés vers des centres de rétention. Ainsi, tous les moyens ont été utilisés pour empêcher les candidats à l’exil de tenter ces périlleuses traversées.

La répression, les mandats de dépôt, les amendes n’ont pas dissuadé ni infléchi la courbe : il y a autant sinon plus de jeunes qui embarquent et même des familles entières avec femme et enfants.

Et voilà que des délégués au culte s’en mêlent et déclarent la harga haram, la yadjouz ! Cette propension à recourir à la religion, au sacré pour en finir avec un phénomène qui prend des proportions tragiques et que les pouvoirs publics peinent à solutionner. A suivre donc cette fatwa qui interdit la harga et la rend illicite, les réfugiés syriens, libyens, yéménites seraient en position de mécréants ?

Il vaut donc mieux rester à risquer sa vie quotidiennement sous les bombes et jouir d’un certificat de bon musulman !

Pourtant cette utilisation excessive de l’Islam a déjà coûté très cher au peuple algérien lors de la décennie rouge lorsque n’importe quel illuminé se transformait en muphti et déclarait tel citoyen éligible à la mort et tel autre au paradis !

Et ce n’est pas fini puisque des imams cathodiques continuent à prendre d’intolérables libertés avec le Text Sacré, s’adressant à des Algériens suspectés d’être moins croyants que les Moyen-Orientaux et qui foncent tête baissée dans ces prêches télévisés plus proches du charlatanisme que de l’Ijtihad.

Le ministre des Affaires religieuses a tranché net sur la question : «Ce n’est pas en décrétant la Harga haram que le phénomène sera résolu».

C’est clair comme l’onde marine un jour d’accalmie.

Les jours de tempête, ce seront des cadavres qui danseront sur les vagues. Terrible drame d’un pays où l’ennui mortel, le manque de loisirs, de perspectives… pousse les citoyens à tenter l’impossible.

N.B.